Les pensées d'un homme sur les hommes et leur monde
Chère L.,
Je n’ose imaginer ta tête au moment où tu découvriras ces lignes, et où tu réaliseras qu’elles te sont destinées. Au moment où je les écris, cela fait cinq jours que nous nous sommes revus par hasard, au détour de l’un des nombreux recoins qui composent ce fameux jardin.
Je dois t’avouer quelque chose. Jamais, même dans mes rêves les plus fous, je n’avais imaginé te revoir si tôt et dans de telles circonstances. Pourtant, depuis plusieurs semaines, le destin m’envoyait des signes. Je sais que tu ne crois pas à ces fameux signes, mais pourtant, ils existent. Des souvenirs, qui n’appartiennent qu’à nous deux, surgissaient de partout. Dans la rue, dans les magasins, et même sur mon lieu de travail… Depuis plusieurs semaines, j’avais un curieux pressentiment, assez flou. J’avais le pressentiment qu’il allait se passer quelque chose d’important dans ma vie. D’ailleurs, une semaine avant notre rencontre, j’en avais fait part à S., que tu connais, et qui est donc l’unique témoin de mes aveux. J’avais ce pressentiment, j’avais ces signes qui s’exhibaient face à moi, mais je refusais d’y croire. Je préférais penser qu’il s’agissait de multiples coïncidences accompagnées d’un léger coup de blues. Mais maintenant que je t’ai revu, tout est différent…
Je ne comprends pas pourquoi nous étions amenés à nous rencontrer ce week-end-ci précisément. Peut-être est-ce une perte de temps de chercher un sens là où il n’y en a peut-être pas, mais j’ai en moi l’intime conviction qu’il y en a un, au même titre que mon pressentiment.
Je dois t’avouer autre chose. Au moment même où je me suis approché de toi, que j’ai prononcé ton nom, et que tu as tourné les yeux vers moi, mon cœur a tressailli. J’étais heureux de te revoir, car j’allais avoir de tes nouvelles et savoir ce que tu devenais. Mais, très vite les désillusions ont pris la place de ces sentiments de joie. Je t’ai reconnue sans te reconnaître. Je t’ai bien retrouvé, mais, à mon regret, tu t’es cachée derrière une certaine hauteur que je ne comprends pas. Tu me toisais. J’avais l’impression que tu voulais me prouver quelque chose… Peut-être que tu ne t’en es même pas rendu compte. Peut-être était-ce inconscient. Peut-être aussi que c’était un mécanisme de défense… Et cela est d’autant plus curieux que c’est bien toi qui es partie, il y a de cela un peu plus de 2 ans. Je m’attendais, et j’aurais espéré une rencontre bien plus naturelle et conviviale.
Tout ceci fait que je m’interroge beaucoup sur le sens de notre rencontre. J’avais tourné la page de notre histoire. Je me suis persuadé, et je suis persuadé, que même si tu es la femme qu’il me faut, je ne suis pas l’homme qui répond à toutes tes attentes. En effet, à tes yeux, je ne suis pas l’homme de toutes tes situations. Alors pourquoi le destin t’a-t-il, le temps d’un moment appartenant à une journée tumultueuse, remit sur mon chemin ? Surtout si c’est pour repartir avec un sentiment aussi amer et les dents serrés.
J’ai longuement réfléchi à tout cela depuis cinq jours… Je te vois sourire et lever les yeux au ciel. Il n’y a que quatre possibilités. La première est que nous sommes fait l’un pour l’autre, dans ce cas là, il n’y a pas besoin d’explications supplémentaires. La deuxième est que nous ne sommes pas fait l’un pour l’autre, et le destin voulait m’en faire prendre davantage conscience. La troisième est que le but de cette rencontre était tout simplement de doper mon cerveau afin que je remette une nouvelle fois ma vie à plat en me posant de nouvelles questions. D’ailleurs, en y réfléchissant bien, la troisième solution est quasi-obligatoire et conduit aussi obligatoirement à l’une ou l’autre des deux premières solutions. Quand à la quatrième… Tu ne vas pas peut-être pas y croire… Mais peut-être que le destin a organisé cette rencontre pour toi, et pas pour moi. C’est peut-être toi qui avais besoin de cette rencontre.
Il ne faut pas oublier que pour qu’une rencontre se réalise, il faut au minimum deux personnes. Le destin, en organisant cette rencontre, impliquait nos deux vies. Nous avions peut-être tous les deux besoins de cette rencontre. Et dans ce cas là, il serait bien qu’on en reparle à coeurs ouverts. Je sais que cela va être difficile pour toi, car tu trouves toutes ces histoires de destin absurdes, à ce que je m’en souvienne.
Quoi qu’il en soit, au jour d’aujourd’hui, je ne sais toujours pas quelle solution est la solution exacte. A mes yeux, elles sont toutes équiprobables. Alors, je m’en remets au destin. Le temps me le dira peut-être. Si tu découvres un jour ce texte par hasard, tu te mettras peut-être à croire au destin, et qui sait ce qui se passera à ce moment là.
Je te rassure, cela m’a quand même fait plaisir de te revoir. Tu le sais, mais je te le redis, tu tiendras toujours une place toute particulière dans mon cœur, juste au fond, un peu à droite, au plus proche de mes sentiments de tendresse.
Je t’embrasse.